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  • : Gaël Pollès
  • femmesjevoushais-me
  • : Paris Issy
  • : Journaliste, réalisateur, animateur, auteur, producteur, autant de passions que de doigts à une main, Curieux, entreprenant, rêveur, heureux, et passionné, cinq qualités pour autant de défauts que de cheveux sur la tête.
Vendredi 14 décembre 2007
FEMMES JE VOUS HAIS'ME
Roman

" J’ai trente-quatre ans et j’aime les femmes. Trop peut-être. Je ne vois même pas comment je pourrais exister sans elles. Une vie sans présence féminine me semble totalement inimaginable.
Le problème c’est que je ne vois pas non plus comment vivre avec…
"

Henri-Jean est un journaliste parisien aisé. Cynique, c'est un queutard invétéré, il est le prototype de ces trentenaires célibataires urbains et heureux de l'être.
Ou plutôt il l'était. Il vit depuis presque un an avec Alyssia, une jeune mère célibataire qui s'est installée chez lui avec sa fille Emma. Il l'aime, mais…

" … T’es foutu… Mais pourquoi toutes les expressions qui parlent d’amour ont une connotation négative ? En Français comme en Anglais, on tombe amoureux, we fall in love. On sombre dans l’amour, on se noie dans la passion. Aïe. Et si les linguistes ou nos ancêtres avaient voulu nous faire comprendre quelque chose ? Une donnée si énorme qu’il serait impossible de la reconnaître au grand jour… Un message codé serait ainsi glissé dans les langues du monde entier pour nous prévenir, nous avertir…
Et si l’homme et la femme n’étaient tout simplement pas faits pour vivre ensemble ?
"

Henri-Jean va se donner dix jours pour résoudre cette énigme vieille comme le monde, dix jours pour percer les secrets de la vie à deux, dix jours pour étudier toutes les alternatives au couple classique, dix jours pour faire parler d'autres hommes et partager ses interrogations. Dix jours pour savoir s'il doit être heureux de fêter son premier anniversaire de vie commune avec Alyssia ou s'il ferait mieux de se sauver en courant.

Derrière les aventures tragi-comiques d'un Parisien pas vraiment misogyne mais vrai manipulateur, plus égocentrique que sexiste, se cachent les interrogations et paradoxes de notre société. Le mariage est-il un viager ou un CDI ?  Quid des transsexuels ? Papa de complément, un métier à risque.
La fidélité, pourquoi faire ?
 
Vendredi 14 décembre 2007
 
par Gaël Pollès
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Vendredi 14 décembre 2007


– Chéri, tu sais, c’est bientôt mon anniversaire…
Mmmmmmh, j’adore quand Alyssia me réveille en se lovant contre moi et en murmurant des inepties à mon oreille… C’est bon signe. Il se pourrait que la journée commence bien. Je ronronne et ouvre lentement les yeux, le jour entre timidement par l’interstice du rideau du velux et ma princesse s’est entortillée autour du drap. Son corps admirablement sculpté apparaît par endroits. Ses hanches fines s’offrent à mes caresses.
– C’est dans dix jours, mon anniversaire.
Qu’est-ce qu’elle raconte ? On l’a déjà fêté son anniversaire. 25 ans. Je lui ai offert un magnifique collier ancien, pur chef d’œuvre de l’Art Déco. Ça m’a coûté une tonne, mais le regard des copines jalouses dans chaque soirée où elle le porte me rembourse largement… C’était il y a deux mois.
À moins que… Quel jour sommes-nous aujourd’hui ? Le cinq ? Putain, déjà ! Je lui fais un long sourire entendu et la serre dans mes bras.
– Tu sais combien ça fait ?
Évidemment que je sais. Comment pourrais-je oublier ? Onze mois et 20 jours que tous les trente jours, j’ai le droit à la scène de l’anniversaire. Même si j’avais eu la moindre velléité d’oublier le jour de notre rencontre, je ne vois pas comment j’aurais pu… C’était le 15 juillet. Premier regard échangé, 23h30, premier mot 00h15, premier baiser 3h05, sur la piste de danse, chez Castel, rue Princesse, à Paris. Il y a donc bientôt douze mois…
– Bientôt un an, tu te rends compte ?
Non pas vraiment. En fait, si tu ne me le rappelais pas tout le temps, c’est sûr que je ne m’en souviendrais pas. Je suis déjà naturellement pas doué pour les dates, mais alors là, t’as pas idée d’à quel point je me fous de savoir si ça fait neuf, dix ou quinze mois que nous sommes ensemble… C’est marrant ce besoin de compter, de quantifier. Comme si la qualité d’une relation se jugeait au temps qui est passé. Le pire c’est qu’à chaque fois que tu rappelles cet anniversaire, j’ai l’impression que tu célèbres une victoire, une performance. Mais de qui ?
– Tu vois, t’es foutu. Tu ne peux plus me quitter maintenant. Tu m’aimes trop !
Je m’en doutais… Pourtant je n’ai pas l’impression d’avoir perdu quoi que ce soit, mais maintenant que tu en parles, je devrais peut-être me poser la question…
T’es foutu. Ainsi, il faudrait toujours un gagnant et un perdant en amour.

T’es foutu… Mais pourquoi toutes les expressions qui parlent d’amour ont une connotation négative ? En Français comme en Anglais, on tombe amoureux, we fall in love. On sombre dans l’amour, on se noie dans la passion. Aïe. Et si les linguistes ou nos ancêtres avaient voulu nous faire comprendre quelque chose ? Une donnée si énorme qu’il serait impossible de la reconnaître au grand jour… Un message codé serait ainsi glissé dans les langues du monde entier pour nous prévenir, nous avertir…

Et si l’homme et la femme n’étaient tout simplement pas faits pour vivre ensemble ?
 
par Gaël Pollès
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Vendredi 14 décembre 2007


J’ai trente-quatre ans et deux voitures. La première est un petit roadster sportif, décapotable, strict deux places, largement de quoi faire crépiter tous les radars de France. La deuxième est un modèle de collection, elle a mon âge, c’est aussi une décapotable, deux places. Mais le plus souvent j’utilise ma moto. Vous comprendrez donc facilement pourquoi je n’ai toujours pas d’enfants. Je n’ai rien contre le principe, mais je ne vois vraiment pas comment je pourrais faire rentrer un bébé dans une de mes voitures. Et puis en acheter une troisième, ce ne serait vraiment pas raisonnable : J’habite à Paris. À mon âge, il est temps de faire preuve de mesure, un peu.

J’ai trente-quatre ans et un jardin secret. J’habite dans le dix-neuvième, à quelques mètres de la place des Fêtes. Dans une petite rue, entre deux immeubles, un étroit passage sombre mène à une ancienne cité ouvrière. Une cité-jardin du début du siècle ; c’est ici que vivaient les employés d’une usine implantée à quelques dizaines de mètres, dans de petites maisons mitoyennes en papier mâché. Aujourd’hui les couloirs ont été cassé, les caves sont devenus des chambres à lumière zénitale, et les greniers des mezzanines top tendances, c’est un refuge de bobos et d’intermittents du spectacle, la campagne branchée à Paris. Chaque "villa" dispose d’un jardin d’une cinquantaine de mètres carrés et luxe suprême, de mes fenêtres, je ne vois qu’arbres, jardins et petites maisons dépassés uniquement par le clocher de l’église de Jourdain. Emprunter mon passage c’est franchir une faille spatio-temporelle et se retrouver transporté loin de Paris en quelques pas.

J’ai trente-quatre ans et j’aime les femmes. Trop peut-être. Je ne vois même pas comment je pourrais vivre sans elles. cela me semble totalement inimaginable.
Le problème c’est que je ne vois pas non plus comment vivre avec…

J’ai trente-quatre ans, cinq ex qui ont compté, deux avortements et quelques centaines de doux souvenirs. J’ai aussi un chat. Roux. Je l’ai choisi de cette couleur pour qu’il soit assorti à la moquette de mon ancien duplex. Ici, j’ai du parquet, ça va aussi.
Je déteste les chats. Mon ex en voulait un. J’ai été inflexible. Après un an de vie plus ou moins commune, elle a manifesté le désir d’avoir un bébé. J’ai acheté un chat.
Finalement j’ai gardé Filou et mon ex est retournée dans sa Suède natale. C’est bien un chat, c’est indépendant, ça ne parle pas tout le temps pour ne rien dire et surtout, surtout, ça ne fouille pas mes poches à chaque fois que je rentre de soirée. Sinon, à part ça, c’est aussi pénible qu’une femme, ça réclame tout le temps des caresses, des papouilles, des chatouilles, des gratouilles, des câlins, et évidemment de préférence au moment où l’on s’endort ou quand on est occupé. Les poils aussi sont un vrai problème. Chez les femmes, ça repousse toujours trop vite, et les chats les sèment partout. C’est incroyable ce qu’un chat peut perdre comme poils. C’est pour ça qu’ils dorment autant. Ça doit être crevant d’être une vraie usine à fourrure, été comme hiver. Moi qui n’aime que les surfaces lisses et douces, un vrai phobique des poils, je suis servi.
Je suis un fervent défenseur de l’épilation laser. Ça marche peut-être aussi pour les chats ?

J’ai trente-quatre ans et je suis à une période charnière de ma vie. Un an bientôt que j'ai rencontré Alyssia. Elle est brune, fine et élancée, c’est une ancienne danseuse. Elle travaille dans la mode et est l’archétype de l’executive woman. Métisse cambodgienne –marocaine elle a un cul d’enfer et une petite fille de trois ans. Emma, une vraie princesse. Elle m’a adopté et décidé, au grand dam de son géniteur, que maintenant, elle a deux papas. C’est étrange : agréable et gênant à la fois. Comme un doigt dans le cul.
Cet enfant a réveillé en moi des instincts ou comportements dont j’ignorais jusqu’à l’existence. Jusque là, ma vie était simple et plutôt bien organisée. Depuis mes vingt ans, je suivais des cycles de plus ou moins deux ans avec un certain succès. Deux ans étaient consacrés au lutinage, libertinage et autre butinage. J'allais presque jusqu'à l'écoeurement, et c'est à cet instant, quand il me semblait ne rien avoir à attendre, que le coup de cœur arrivait. Je me jetais alors corps et âme dans une liaison exclusive et passionnée avec la nouvelle femme de ma vie. Le côté exclusif durait au mieux une année, parfois juste quelque mois. Très vite la passion et le désir de plaire s'émoussaient, progressivement remplacés par l'impatience et le désir d'air. Assumant parfaitement la génétique lâcheté masculine je laissais pendant encore une année cette liaison mourir de sa belle mort jusqu'à ce qu'exaspérée ma compagne décide enfin de prendre les voiles… Et je pouvais repartir pour un nouveau cycle, la conscience en paix.
Alysson est apparue dans ma vie pour mettre un terme salutaire à un cycle infernal qui me voyait enfiler de nouvelles conquêtes comme d'autres des perles… Comme un pécheur heureux d'être sauvé des eaux, je plongeais avec délectation dans l'amour qu'elle m'offrait fort opportunément. Sûr de moi, fièrement campé sur mon pathétique palmarès comme un chasseur après un massacre de faisans d'élevage, je ne vis pas le moindre danger dans l'adorable petit bout de chou qui l'accompagnait souvent.
Moi le baiseur fou, le séducteur de ces dames, le queutard invétéré en train de pouponner, ça en surprendrait plus d’un si ça se savait… Heureusement, ma réputation est bien plus forte que les faits, et mes quelques amis au courant doutent du sérieux de tout ça. Mêmes ceux qui nous ont vu tous les trois, et ils sont rares, ne croient pas que je sois réellement fidèle. Et pourtant, s’ils savaient que depuis six mois, je n’ai pas bougé une oreille, ils n’en croiraient pas les leurs !
C’est formidable une réputation, quand elle est bien installée, ça résiste à tout, et surtout à la vérité. Voilà comment je peux mener une vie de couple parfaitement banale et conventionnelle tout en gardant l’image d’un séducteur notoire qui saute sur tout ce qui bouge. Une image dont Alyssia a fini par s’accommoder et qui n’est plus, depuis presque trois mois, dans le top dix de nos sources de conflit. Car si je parle de vie de couple banale et conventionnelle, j’entends par là que notre sexualité reste dans un schéma classique un plus un, sans aucun apport extérieur autre que quelques gadgets. Pour le reste, je ne suis pas sûr que les autres couples aient une fréquence de disputes aussi importante que nous. Nos conflits sont presque plus fréquents que nos coïts, et pourtant, de ce côté-là aussi, nous partageons un assez gros appétit. Après plus de onze mois, je dois bien reconnaître à mon grand étonnement que je ne me lasse pas de son corps, et que j’aime même de plus en plus faire l’amour avec elle. Pourtant selon mes statistiques personnelles, je devrais déjà entrer dans la phase d'exaspération ou au moins de lascitude.
Inquiétant.
Et si j’étais vraiment foutu ?

Le hic, c’est que plus notre vie sexuelle s’épanouit, plus on s’engueule. À moins que ce ne soit l’inverse. Plus on se déchire, plus on jouit. Magie de la langue, dit comme ça, ça semble normal. Et pourtant je n’arrive pas à croire qu’une relation basée sur le conflit et les déchirures, aussi intenses que soient les retrouvailles, puisse être viable dans la durée. À l'évidence plus notre vie sexuelle s’épanouit, plus nos différents sont enflammés, nos mots sont durs et nos sentences impitoyables.
– Chéri, tu es là ?
Tiens, voilà ma belle. Évidemment que je suis là ! Comme si j’avais pour habitude de partir en laissant la maison grande ouverte. Dans le salon, la musique braille, à peine couverte par la télévision qui dans mon dos achève de créer une cacophonie indispensable à ma concentration. Je travaille. Je suis assis à mon bureau, dehors les oiseaux chantent, les chats se battent et les ouvriers cassent un faux plafond dans la maison d’en face. Et moi, je dois rendre un article pour un magazine people masculin pseudo divertissant, préparer une réunion de production pour demain matin, et apprendre un texte pour un module publi-informatif que je présente sur un site Internet. Je suis journaliste spécialisé. Ma spécialité ? Le journalisme de surface, celui qui ne fait qu'effleurer les choses, du journalisme divertissant, vite expédié et vite digérée. Presse écrite, télé, radio, livres, Internet, je sévis partout, je suis un mercenaire de l'information de confort. Qu'importe le sujet, des peoples aux sports extrêmes, tant qu'on me paye, j'ai toujours quelque chose à dire sur tout. Je fais du vent mais jamais de vagues. C'est une vraie spécialité qui peut être tout à fait rentable, bien que depuis quelques années la concurrence devienne très rude sur ce créneau…
– J’en peux plus, ils m’ont tué au bureau aujourd’hui. Tu viens prendre un verre de rosé dans le jardin avec moi ?
Bien sûr, je n’ai que ça à faire… Mon rédac-chef ne s’impatiente pas du tout et j’expliquerai aux impôts que pour le remboursement de mon redressement fiscal, ce serait mieux de prévoir un plan sur dix ans. Pour mon banquier, je lui dirai que la réduction de mon découvert, ça ne va pas être possible ce mois-ci parce que ma femme, pardon ma petite amie, revient de plus en plus tôt du travail…
– T’es chiant, je rentre exprès pour te voir et tu restes scotché à ton bureau…
Comment t’expliquer mon amour qu’après deux verres de rosé, j’écris beaucoup moins bien…

Ça y est, elle lance la phase deux. Elle rentre dans mon bureau avec deux verres à la main. Sa petite robe d’été est le genre de fausse tenue paysanne qui coûte aussi cher qu’un tracteur alors qu’elle semble avoir été découpée hâtivement dans un vieux napperon de grand-mère. C’est assez sexy, vaguement froissé et suffisamment ample pour que je puisse la trousser ou en tout cas envisager la chose. La robe s’arrête juste au-dessus de ses genoux, et rien qu’à son regard, je sais que le string rose qu’elle a enfilé ce matin sera humide quand je remonterai ma main le long de l’intérieur de ses cuisses.
Il faut que je finisse cet article.
Elle recule ma chaise, resserre mes jambes et s’assoit d’autorité sur mes genoux, les jambes ouvertes.
– Continue, fais comme si j’étais pas là…   
Ben voyons…
J’ai deux solutions. L’une je fais comme elle dit et dans moins de trente secondes nous nous engueulons, l’autre j’abandonne toute velléité d’écrire, je la caresse, je remonte ma main le long de sa jambe et je la culbute sur mon bureau… et de toute façon, l s’engueule. Au mieux après avoir fait l’amour parce qu’elle va me reprocher de n’avoir du temps que pour la sauter ; au pire, elle va se dérober au dernier moment, histoire de jouer au chat et à la souris, en prétextant que je dois travailler… Ce qui aura forcément pour résultat de m’énerver prodigieusement.
Cruel dilemme…
Elle sent bon, sa peau m’enivre, ses épaules nues frottent imperceptiblement mes narines et elle commence à onduler doucement son bassin sur les boutons de mon jean. À l'évidence, mon bas-ventre a déjà choisi son camp et la belle s’en est bien rendue compte. J’aimerais bien que cette partie de mon corps fasse parfois preuve d’un peu plus de discipline.
–  Vas-y travaille, ce n’est pas moi qui te dérange…
Je tends ma main gauche autour de sa hanche pour atteindre le clavier et les touches pomme et S. Il faut que j’enregistre mon embryon d’article avant la tempête. Elle m’embrasse le cou maintenant et son bassin s’agite de plus en plus. Heureusement que je suis en jean, la dernière fois qu’elle a fait ça sur un de mes pantalons, j’ai dû le redonner trois fois au pressing avant que les traces de mouille ne disparaissent de la braguette… J’adore les strings, mais ce n’est vraiment pas étanche. Mon ordinateur indique 18 h 30, il me reste donc grand maximum 30 minutes pour envoyer mon article… Même si je les bâcle, elle et l’article, ça risque d’être charrette. Si je ne rends pas mon papier à l’heure, je crois que ce sera le dernier pour ce magazine… Et si je ne lui fais pas l’amour maintenant, c’est sûr, elle va bouder et je risque de passer mon tour pour la soirée.
Elle a déjà glissé sa main entre nos deux corps et commence à masser délicatement mon sexe turgescent, j’adore ce mot, à travers mon jean.
– Mais, t’es tout dur !
Ah, ben oui. Ça alors, quel hasard ! Vraiment c’est surprenant…
Mon article, mon article, mon article…
Mais pourquoi une femme ne juge la valeur d’un moment qu’au potentiel d’emmerdement qu’il représente pour nous ? Moins un homme est disponible, plus il est occupé, et plus il excite sa compagne. C’est un fait à chaque fois vérifié, la femme semble avoir un besoin de s’affirmer, de se prouver sa valeur en se mettant en compétition avec tout et n’importe quoi…
–Tu tapes toujours, tu préfères ton ordinateur à moi…
Il n’y en a pas une pour rattraper les autres… Quand je pense que quand je l’ai rencontrée, elle m’a semblé différente, son discours sur l’indépendance et l’autonomie m’a touché, j’y ai presque crû. J’avais enfin trouvé une femme avec qui je pouvais partager le meilleur de la vie de couple tout en gardant une illusion de liberté. Le bonheur.
Et puis un jour, je me suis réveillé, elle était installée chez moi, ses culottes empiétaient sur l’espace dédié à mes caleçons, et la parfaite organisation de mon dressing était bouleversée par l’arrivée de dizaines de robes, jupes, pantalons, pantacourts, corsaires, leggins, shorts, fuseaux et chemisiers, tops, chemises, t-shirts, culottes, string, bas, pulls, et autres pashminas. C’est incroyable ce qu’une femme peut avoir comme vêtements pour finalement porter toujours les mêmes.
– Tu bandes, ça veut dire que tu m’aimes… Bon je te laisse travailler.
En disant cela elle se décolle lascivement de moi.
Évidemment que je l’aime, sinon ça ferait longtemps qu’elle et ses milliers de chiffons auraient libéré ma penderie et mon lit. Mais ça n’a aucun rapport avec le fait que je bande.
Comme si un homme avait besoin d’aimer une femme pour bander. Même si ça nous arrange bien qu’il y ait encore quelques femmes pour faire semblant de croire à cette théorie, la vérité est tout autre. À cet instant, je bande parce qu’elle est incroyablement sexy et belle, parce qu’elle est particulièrement adroite de son bassin et de ses mains, parce que son odeur m’excite, parce que sa peau m’enivre, mais absolument pas parce que je l’aime.

Et puis d’abord, est-ce que je l’aime vraiment ? Là, tout de suite je la déteste plutôt, elle est en train de me mettre dans une situation doublement intenable. Non seulement je vais rendre mon article en retard, mais en plus je sens qu’elle serait prête à ne pas éteindre le feu qu’elle a allumé.
Elle s’éloigne de quelques pas et bien campée sur ses jambes légèrement écartées, elle boit lentement son verre de vin. Une goutte perle sur le coin de ses lèvres tandis que ses seins se soulèvent lorsqu’elle avale.
Je la hais.
Je me retourne et rouvre mon ordinateur.
– Oups.
Sa main droite est posée à plat contre son pubis, et je reconnais le numéro de l’innocente ingénue. La goutte vient de couler juste entre ses seins, laissant une traînée noire qui disparaît dans le sillon vertigineux de son décolleté. Une autre reste en suspens le long de son menton.
C’est la goutte qui fait déborder le vase. A la guerre comme à la guerre, on va voir ce qu’on  va voir, je replie d’une main l’écran de mon Mac portable, et avec l’autre main, j’attrape mon verre de vin. Mon article attendra. Si les hommes n’ont qu’une bite et dix doigts, c’est bien pour pouvoir rattraper le retard qu’implique la satisfaction de leurs instincts primaires.
 
A suivre...
par Gaël Pollès
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